Château dont les murs beiges et massifs, percés de larges fenêtres et flanqués de pigeonniers selon l’usage quercynois, couronnent une colline où bois enténébrés et rangées de vigne se disputent le sol d’argile ocre, Gaudou demeure ; témoin transmis de génération en génération parmi les Durou. Dans un monde moderne où les fils font rarement le métier de leur père, on constate au milieu des vignes la persistance de familles bravant les siècles, dont la mienne. La répétition du cycle des saisons, ces vendanges qui surviennent tandis que l’automne jette son linceul de brumes sur les bruns et les ors, jusqu’à cette robe carmine que l’on imagine avoir bu la lumière des constellations, tout conspire à extraire le vigneron que je suis de l’éphémère, de l’insignifiant, des caprices. Pourtant, j’ai à cœur de vivre dans mon époque et de produire un vin qui lui appartienne.
Le Château de Gaudou est depuis plus de sept générations associé à une tradition vigneronne qui ne s’est jamais démentie. C’est au XVIIIe siècle que Louis Durou s’installe au lieu-dit Gaudou par alliance avec Marie-Louisa Buge, famille terrienne, propriétaire des lieux.
Il est toutefois difficile de savoir à quelle époque remonte cette longue lignée des Durou. Elle figure dans des registres paroissiaux du XVIème siècle, mais le nom lui-même remonte au moyen-âge. Très tôt, le négoce du vin s’inscrit au sein de la famille Durou à Gaudou. Les livres de comptes d’alors font état d’un commerce aux quatre coins de la France, tout en privilégiant Paris. Grand voyageur, Jean-Charles-Edouard Durou noua des relations commerciales qui servirent la cause de notre vin. Julia Garrigou, son épouse, pourvue d’un sens relationnel aigu, apporta une contribution non négligeable à la renommée du domaine.
Son fils unique, Louis Jean Durou, dut écourter ses études en agronomie pour prendre la place de son père décédé prématurément. Très vite, sa maîtrise de la chimie du vin lui permit d’enrichir les pratiques quotidiennes de la viticulture locale. Son savoir-faire, reconnu de tous, fut déterminant dans le développement de la mécanisation agricole de Gaudou. Les deux guerres qui entaillèrent la première partie du XXe siècle rendirent la vie difficile au domaine. Mais les épreuves de l’histoire ne le découragèrent pas, il prit la décision que nos précieuses barriques, avec lesquelles nous faisions jusqu’alors le commerce du vin, ne serviraient plus qu’à l’élevage du Cahors. 1966 sera la consécration du Château de Gaudou : notre cahors est désormais en bouteille !
René-Jean-Jacques Durou bâtit, modernise et affirme la typicité d’un grand vin.
Aujourd’hui, c’est le seigneur de son domaine. Son combat de tous les jours trouve une juste récompense dans la pratique de méthodes visant à soigner toujours mieux ses vignes (enherbement, effeuillage, vendanges vertes, table de tri…). Brigitte, son épouse, n’a de cesse, quant à elle, de développer le domaine sur le terrain commercial.
L’entrée dans le nouveau millénaire fut marquée par le dernier descendant des Durou : Fabrice. Digne héritier de cette lignée de vignerons, il incarne le renouveau de l’appellation. En restant fidèle au savoir-faire de ses aïeux, il est aujourd’hui le garant d’une tradition mâtinée de modernisme. Son obsession réside dans l’excellence des vins qu’il élève avec passion et amour. Une quête qualitative couronnée par une série de médailles dans les plus prestigieux concours de France, atteste si besoin était, que le château de Gaudou compte parmi les plus grands Cahors de l’appellation.